Des films à haut-potentiel

La sortie de « Mary » à l’automne 2017 a été l’occasion de nous pencher sur les films qui traitent, de près ou de loin, de la question du surdon, et pas juste sous sa facette « brillante ». Certains sont bien connus, d’autres plus confidentiels, certains abordent le sujet de manière frontale, d’autres ne sont que compréhensibles des initiés… (Ne figurent ici que les films visionnés à ce jour par votre serviteur. Un second article traitera des autres films vus ultérieurement…)

 

Mary (de Marc Webb, 2017)
La petite Mary Adler vit auprès de son oncle Frank. Tandis que ses camarades de CP s’évertuent à résoudre leurs premières additions, elle extrait de tête des racines carré. Mary a beau hurler son ennui et son désespoir d’aller à l’école, Frank estime qu’elle doit grandir au contact des enfants de son âge. Mais toute la famille n’est pas de cet avis…
Le film (prix du public au festival de Deauville 2017) pose la question du choix de l’école et du type d’accompagnement des jeunes surdoués les plus brillants. Si les talents de Mary tiennent de la fable (être du niveau d’une médaille Fields à 7 ans, comment dire…), on ferme volontiers les yeux. Car derrière la mathématicienne en herbe se cache une adorable enfant, sensible, éprise de justice et pas toujours commode…
Pour l’anecdote, on relèvera que Mary a un chat prénommé Fred. Un clin d’œil au petit garçon du film de Jodie Foster, Little Man Tate (voir plus loin) ?

 

Carrie Pilby (de Susan Johnson, 2016)
Carrie est une brillante étudiante qui sort diplômée de Harvard à 19 ans. Mais elle a de légères difficultés à s’intégrer. Il faut dire qu’elle passe le plus clair de son temps dans les livres, en dévorant 17 par semaine. Son psy a beau essayer de la raisonner, Carrie et lui ne parlent pas la même langue… un bel exemple du fossé qui peut exister entre un psychiatre neurotypique et un patient HP, ce dernier se pensant à la fois « comme tout le monde » et « anormal ».
Passé relativement inaperçu, le film a le mérite de mettre clairement en avant de nombreuses facettes du surdon (le mot est d’ailleurs prononcé une fois dans le film) et surtout de creuser certaines caractéristiques du haut-potentiel chez le jeune adulte. Peut-être le film le plus juste sur cette question par son réalisme.
Avec, en guest, Gabriel Byrne, le psy de la série « En analyse » (« In Treatment ») dans le rôle du père de Carrie.

 

Will Hunting (Gus Van Sant, 1997)
Peut-être le plus connu sur le sujet, Will Hunting a remporté en son temps un succès public et critique avec 2 Oscars dont celui du meilleur scénario. Matt Damon y incarne Will, un jeune agent d’entretien du très prestigieux Massachussetts Institut of Technology (MIT), à la vie plutôt MITeuse (humour de zèbre…). Sauf que notre balayeur se passionne en cachette pour les sciences et parvient un jour à résoudre une équation normalement impossible laissée au tableau par un professeur…
L’intérêt du film réside bien entendu dans la confrontation entre Will et son psychologue, incarné par Robin Williams (Oscar du meilleur second rôle pour l’occasion). Si le terme de surdoué n’est pas chanté à tue-tête durant le film, Will en cumule des traits caractéristiques : il brille par ses connaissances livresques, cogite en permanence, rend chèvre les psychologues qui s’occupent de lui… La justesse du propos souffre juste un peu de l’exagération des traits, caractéristique du cinéma US à gros budget. Will est en effet aussi brillant que bagarreur, façon pour lui d’extérioriser la colère qui l’habite. Tout surdoué ne cumule pas un plaisir pour les équations et les bagarres de bistro. Mais peut être tant pris de fulgurances intellectuels que de souffrir d’un bouillonnement intérieur qui l’amène à jouer des poings.
Il se chuchote que Matt Damon, co-auteur du scénario avec Ben Affleck, se serait intéressé au sujet parce qu’il est concerné…

 

Little man tate / Le petit homme (de Jodie Foster, 1991)
Autre personnalité de Hollywood dont la rumeur veut qu’elle soit concernée, Jodie Foster qui signe ici son premier film comme réalisatrice. Une histoire touchante entre une mère et son fils Fred, petit surdoué de 7 ans. Le garçon, qui excelle tant au piano qu’en dessin et en mathématiques, est pris sous l’aile d’une éleveuse de champion. Une opportunité qui tourne au vinaigre lorsque l’enfant finit par souffrir de l’éloignement avec sa mère. Le scénario, un peu convenu, est toutefois traité avec beaucoup de tendresse, de crédibilité et les acteurs sont convaincants.

 

Idiocracy (de Mike Judge, 2005)
Alors, bien-sûr, Idiocracy ne parle pas vraiment de la question du haut-potentiel, mais a le mérite d’offrir une perspective nouvelle, celle de personnes dont le QI est tellement supérieur à la norme qu’ils expérimentent un terrible décalage avec le reste du monde. Choisis parce qu’ils sont tous deux « moyens » au sens de « on ne peut plus normal » (QI = 100…), un homme et une femme se retrouvent malencontreusement envoyés en l’an… 2505. Sauf que, conformément à ce que les scientifiques pressentent déjà, l’intelligence moyenne a très fortement baissé ! Au 26ème siècle, on ne pense que sexe et argent (comment ça, c’est déjà le cas aujourd’hui ?), et surtout, on manque de la logique la plus élémentaire. Si bien qu’avec leur « magistral » QI de 100, nos 2 héros se retrouvent dans une position quelque peu proche de ce qu’un humain à l’intelligence supérieure à la moyenne peut vivre aujourd’hui. Le syndrome de Cassandre y est astucieusement traité, ainsi que le décalage qui peut exister entre zèbres et normo-pensants.

 

Le hérisson (de Mona Achache, 2009)
Seul film français dont il sera question ici, « libre adaptation » (sic) du roman « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery, Le Hérisson met en scène 3 personnages pour le moins incongrus : Paloma, une enfant de 10 ans, qui vit dans la cellule familiale de manière quelque peu distancée. Cachée derrière son vieux caméscope, elle filme son cadre quotidien pour mieux analyser (et déblatérer sur) les siens. Tout cela serait mignon si Paloma n’avait pas à l’esprit de se suicider à son prochain anniversaire !
Pendant ce temps, Josiane Balasko incarne Renée, la concierge de l’immeuble dépressive dont l’appartement héberge une gigantesque bibliothèque. Bourrue et mal apprêtée, Renée est toutefois capable de reconnaître de mémoire une simple phrase extraite d’un roman de Tolstoï.
A aucun moment il n’est question de surdon ou de QI. Quiconque connaît le sujet sentira qu’il est toutefois omniprésent, comme dans l’air. La fillette et la concierge en possèdent de nombreuses facettes, et à bien y regarder, le troisième personnage, celui de Kakuro le japonais, pourrait bien être aussi concerné, à sa façon… Un film touchant qui parlera d’autant plus au spectateur si celui-ci est familier de la question du haut-potentiel.

 

La Trilogie « Divergente » (de Neil Burger, 2014 – 2016)
Cette dystopie américaine aurait pu vite s’avérer éprouvante pour l’amateur de films d’art et essai scandinaves, mais si on excepte les scènes de bourre-pifs, on se laisse vite prendre dans cette histoire aux tournures assez étonnantes, aux décors et à la photo très réussis.
Adaptation des nouvelles de Veronica Roth, Divergente campe un Chicago post-apocalyptique où les survivants sont répartis en 5 factions, selon leurs qualités naturelles : les altruistes (généreux), les intrépides (courageux), les érudits (à l’intelligence encyclopédique), les fraternels (gentils babas-cools) et les sincères (qui ont du mal de mentir). Les premiers gèrent la politique, les derniers la justice. Tout semble bien s’agencer dans le meilleur des mondes (post-ap, toutefois). Sauf que…, et c’est là que cela devient intéressant : certains ne rentrent pas dans les cases. Ce sont les divergents. Ils cumulent en effet plusieurs des qualités citées, et sont vus d’un mauvais œil puisqu’à eux seuls, ils risquent de rendre caduque le système en place ! Tiens donc. Toute ressemblance avec des personnes existantes n’est peut-être pas totalement fortuite…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *